Difficile dans un quartier tel que celui de la Défense, si saisissant, si gigantesque, de se concentrer sur les personnes qui y évoluent. Au premier abord, ces milliers d’acteurs qui font vivre quotidiennement le parvis semblent agir comme un tout. Ce sont les usagers du parvis de la Défense. L’atelier photographique a agit comme un révélateur. Pour rendre compte de tous ces usagers, il a fallu s’approcher au plus près de personnages, de cet homme qui mange, du couple qui discute ou encore du balayeur du parvis, décidément bien matinal. « Tiens donc, on fait tout ça sur le parvis ? ». Dès lors, il n’y avait plus LES usagers, mais bien DES usagers, surprenants, parfois agaçants ou attendrissants. DES usagers pour DES usages multiples, plus ou moins ordinaires, mais toujours uniques.
«Personnages » de Miró, la « Grande Arche », « le pouce » de César, « Le Grand Stabile rouge » de Calder. La Défense est un décor, un décor monumental emprunt d’un gigantisme architectural et d’un prestige toponymique.
Marcher pour joindre son lieu de travail, fumer en attendant une connaissance, jouer avec ses parents, lire son journal, téléphoner à son conjoint, s’embrasser, discuter en groupe en regardant l’horizon. La Défense est un lieu de vie, un lieu de vie où se côtoie une multitude d’anonymes aux usages ordinaires, quotidiens et éphémères. A la fois contenant mis en scène et contenu banalisé, La Défense est une synthèse insaisissable au premier coup d’œil. De par son pouvoir de captation d’une réalité mouvante, l’appareil photo impose au regard une deuxième lecture se révélant nécessaire à la compréhension de ce qui constitue un véritable « grand écart scalaire ». Mais à défaut d’isoler d’un coté les éléments du grandiose et de l’autre ceux de l’infime, la photographie les représente côte-à-côte, évoluant au sein d’un même espace comme les deux faces d’une même médaille. Les postures de corps et les expressions de visages saisis dans le courant des pratiques sociales matérialisent la dichotomie de La Défense. Cette dernière prend ainsi forme en lieu et place de l’individu. Elle est ainsi renversée.
En retour apparaît donc un monde où l’anonyme dévoile sa monumentalité et où le monumentale tombe dans l’anonymat.
Saisir un « hors champs », une attitude d’attente, d’évasion, arriver à discriminer un visage dans une foule. Quelques uns des portraits - souvent de dos - montrent la difficulté de saisir un visage dans la multitude.
Rendre compte des usages du parvis sur un espace déjà saturé d’images, de représentations, se concentrer sur les corps et leurs mouvements, les formes décharnées qui se détachent du gris du parvis.
Quand une quasi chorégraphie se détache de la dalle.
La défense est un lieu qui possède d’ores et déjà une forte iconographie : quartier actif, dynamique où l’on « se doit » de marcher vite, où l’on est souvent habillé en noir, où l’on est à la recherche la performance…
Dans cette effervescence urbaine au rythme rapide, mon regard s’est paradoxalement posé sur la « lenteur », sur les individus en décalage avecle rythme ambiant : personnes âgés, touriste, sans abris, « sans ressources », chanteuses congolaises, couples d’adolescents...
L’appareil photo est devenu un prétexte à la rencontre de « l’autre » : des « suivi » dans certains cas ou des discussions d’en d’autres situations, le parvis de la Défense est apparu sous un nouveau jour plus humain.
Un lieu finalement où la pause, la lenteur et l’inattendu ont aussi leur place parmi la puissance la consommation à outrance.
« L’extraordinaire » ne se trouve pas dans la hauteur des tours ou la superficie du centre commercial, mais plutôt dans les scènes de vie atypiques du quotidien, dans les lieux « invisibles ».
Il faut pour découvrir cette « face cachée » de la Défense aller à la rencontre des gens, prendre le temps de découvrir les gens et partager 15 minutes de leur vie.
Certains vous raconteront peut être des devinettes : « Pourquoi les poules ont des œufs et les coqs ont des ailes ? Parce que les poules ont besoin d’eux, et les coqs ont besoin d’elles »
D’autres vous demanderont de les emmener à la station de taxi la plus proche : «Je me perds tout le temps ici ».
Le parvis de la Défense est ainsi devenu une expérience à part entière, visuelle et poétique, une expérience du « décalage ».
Destination; Hauts de Seine ; Quartier d'ambiance particulière; Quartier d’Affaires; Défense ; Dalle ; Parvis; un espace monoculturel un espace plein du monde.
En sortant sur la Dalle les ambiances et même l’environnement me poussent carrément à admirer l’architecture vraiment étonnante des tours mais j’ai l’intention de la dépasser tout de suite.
Les foules de gens qui marchent m’attirent en m’invitant à les observer en plein détail.
Les gens, les usagers, les passants…
Cet espace, en essayant d’exprimer la grandeur d’un pouvoir me semble démesuré… Je cherche l’échelle humaine, la nouvelle urbanité…
Du coup les foules représentent la seule couleur dans cet espace un peu monotone et surtout monochrome. Leurs vêtements, leurs rythmes, leurs visages, leurs mouvements, leurs comportements en marchant traduisent souvent leur fonction dans l’espace.
L’échelle humaine s’exprime à travers de petits événements de la vie quotidienne qui se déroulent sur le parvis et se différencient selon les différents moments de la journée…
Le groupe des touristes qui se trouve pour la première fois à la Défense et qui avait envie de se photographier devant la Grande Arche.
La femme qui jette un coup d'œil son petit boulot avant d’entrer dans son bureau.
Les moments familiaux sur le parvis
Les mendiants
Petit déjeuner avant de commencer la journée au bureau
Les armées se baladent sur le parvis
Les deux différents niveaux de l'espace public: d’une part les passants non expressifs qui marchent vite sans observer et sans laisser leurs traces et de l’autre côté ceux qui expriment leurs pensées en marchant et en déplaçant d'une manière particulière dans l'espace.
Les usages éphémères de la Dalle qui s’expriment à travers les différents petits commerçants qui sortent sur le parvis et qui donnent l’impression qu’on se trouve dans la rue.
Ces images, ces expressions au niveau du sol tentent-ils de favoriser une nouvelle urbanité pour la dalle? Est-ce que cet espace public crée, comme tous les espaces publics plus ou moins vastes, un sentiment de communauté chez ses usagers…?
L'atelier photo a été réalisé dans le cadre du Master 2 d'Urbanisme Parcours Espace Public de l'Intistut d'Urbanisme de Paris avec la photographe Emmanuelle Germain sur le site de projet: le parvis de la Défense